Téléphones portables, micro-ondes et menace pour la santé humaine

S'il y a un sujet susceptible de générer de la colère, c'est la controverse sur la menace potentielle pour la santé posée par les signaux des téléphones portables.





Ce débat est susceptible d'éclater suite à la publication aujourd'hui de nouvelles idées sur ce sujet par Bill Bruno, biologiste théoricien au Laboratoire national de Los Alamos au Nouveau-Mexique.

La grande question est de savoir si les signaux des téléphones portables ou des tours de téléphonie cellulaire peuvent endommager les tissus biologiques.

D'une part, il existe un ensemble substantiel de preuves dans lesquelles les signaux des téléphones portables ont soi-disant influencé la santé et le comportement humains. La liste des symptômes comprend la dépression, la perte de sommeil, les modifications du métabolisme cérébral, les maux de tête, etc.



D'un autre côté, il existe un ensemble substantiel de preuves épidémiologiques qui ne trouvent aucun lien entre les effets néfastes sur la santé et l'exposition aux téléphones portables.

De plus, les physiciens soulignent que le rayonnement émis par les téléphones portables ne peut pas endommager les tissus biologiques car les photons micro-ondes n'ont pas assez d'énergie pour rompre les liaisons chimiques.

L'absence d'un mécanisme pouvant causer des dommages signifie que les photons micro-ondes doivent être sûrs, disent-ils.



Cela a été un argument puissant. Jusqu'à maintenant.

Aujourd'hui, Bruno souligne qu'il existe une autre manière dont les photons pourraient endommager les tissus biologiques, ce qui n'a pas encore été pris en compte.

Il soutient que l'argument traditionnel ne s'applique que lorsque le nombre de photons est inférieur à un dans un volume d'espace équivalent à une longueur d'onde cubique.



Lorsque la densité de photons est supérieure à celle-ci, d'autres effets peuvent entrer en jeu car les photons peuvent interférer de manière constructive. Bruno cite l'exemple bien connu des pincettes optiques dans lesquelles des photons cohérents se combinent pour pousser, tirer et faire pivoter de petits objets tels que des cellules.

Dans ce cas, la force est générée lorsque des objets diélectriques se trouvent dans un gradient de champ électrique associé aux photons. Plus de photons génèrent plus de force.

Les dommages que les pincettes optiques peuvent causer aux structures des cellules sont bien signalés, dit-il. Cela est dû au grand changement d'indice de réfraction au bord des structures cellulaires telles que les vésicules, les gaines de myéline, etc., et à la haute densité de photons.



Bien entendu, les pincettes optiques fonctionnent généralement à des fréquences infrarouges. La question que se pose Bruno est de savoir si un effet similaire pourrait également fonctionner pour les photons micro-ondes.

Cela se résume à deux facteurs. Le premier est de savoir s'il existe une densité de photons micro-ondes suffisamment élevée provenant des téléphones portables pour générer une force capable d'endommager les tissus biologiques. La seconde est de savoir s'il existe des structures dans le corps avec les propriétés diélectriques requises pour être sensibles.

Dans les deux cas, Bruno dit qu'il y a des raisons d'être prudent. Premièrement, la densité de photons micro-ondes provenant des téléphones portables et des tours de téléphonie cellulaire est de plusieurs ordres de grandeur supérieure à 1 par longueur d'onde cubique. Pour cette seule raison, Bruno dit que les arguments de sécurité traditionnels ne s'appliquent pas.

Deuxièmement, le corps humain contient de nombreuses structures, y compris des neurones pouvant atteindre un mètre de long et pouvant être sensibles à l'effet combiné de nombreux photons. Certaines de ces structures peuvent en fait focaliser les photons micro-ondes, augmentant la densité photonique à l'intérieur du corps.

(Si vous vous demandez pourquoi le problème concerne les téléphones portables et non d'autres transmissions, il s'avère que les fréquences supérieures à 10 GHz ont tendance à être absorbées par la peau tandis que les fréquences inférieures à 1 GHz - les transmissions TV ou radio disent - sont censées être réfléchies sans beaucoup de transfert d'énergie.)

Alors, quel pourrait être un niveau d'exposition sans danger ? Bruno suggère que le taux de fond nocturne des micro-ondes pourrait être une limite raisonnable. Malheureusement, ce niveau est très bas par rapport aux normes de la technologie des téléphones portables, environ 8 à 9 ordres de grandeur inférieurs aux expositions courantes des tours de téléphonie cellulaire, dit-il.

Si cela est impossible, un autre choix pourrait être une exposition équivalente à l'énergie thermique moyenne par longueur d'onde cubique. Bruno dit que cela équivaudrait à une exposition d'environ 30 picoWatts par mètre carré à 1 GHz. Cela équivaut à l'exposition d'une tour de téléphonie cellulaire à une distance de quelques kilomètres, dit-il.

Dans tous les cas, cela risque de susciter des inquiétudes.

La conclusion de Bruno est que la façon dont les limites de dose sûres sont déterminées est rompue car elle ne prend pas en compte ce nouveau mécanisme de type pince à épiler.

Cela place la balle fermement dans le camp des physiciens. Il se peut qu'il y ait de bonnes raisons pour lesquelles le mécanisme de pince à épiler de Bruno ne représente pas une menace. Si tel est le cas, nous pouvons nous attendre à ce que les physiciens publient une défense solide des limites d'exposition des téléphones portables.

Mais Bruno devra également se préparer à d'autres types de réponses insensées.

Dans tous les cas, asseyez-vous et regardez un débat intéressant et important se dérouler.

Réf : arxiv.org/abs/1104.5008 : Que nous dit Photon Energy sur la sécurité des téléphones portables ?

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