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Humanitarisme axé sur les données
En association avec Esri
C'est l'un des plus beaux endroits de la planète, mais ses habitants sont parmi les plus vulnérables. Les montagnes enneigées et les contreforts fertiles de l'Afghanistan cèdent la place à des plateaux arides, offrant un contraste souvent décrit comme austère et magnifique. Lien entre les anciennes routes commerciales Est-Ouest, ce pays enclavé abrite de nombreuses langues, des traditions artisanales et des siècles d'influence des coutumes islamiques, bouddhistes et hindoues. C'est aussi un endroit où environ 12,4 millions de personnes vivent dans la faim et où les sécheresses, les inondations et les conflits rendent souvent les voies d'accès impraticables pour les convois humanitaires.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) travaille à éliminer la faim pour le peuple afghan, malgré le changement climatique et les conflits. En 2020, le Comité Nobel norvégien a décerné le prix Nobel de la paix au PAM pour ces efforts. En tant que plus grande organisation humanitaire au monde luttant contre la faim et promouvant la sécurité alimentaire de 100 millions de personnes dans 88 pays, le PAM s'est fixé pour objectif d'éliminer la faim dans le monde d'ici 2030.

Des villageois en Afghanistan rassemblent des rations alimentaires. (Crédit photo : PAM/Teresa Ha)
Sauver des vies ne suffit pas, déclare Lara Prades, qui dirige l'unité géospatiale du PAM. Nous devons aussi changer des vies. La plupart des gens pensent que le PAM ne fait que larguer l'aide des avions en cas d'ouragan, mais il y a un autre aspect à sa mission. C'est en fait participatif, et nous travaillons avec les communautés pour améliorer la nutrition et la sécurité alimentaire.
Prades parle d'un double mandat : répondre à la pénurie alimentaire immédiate et identifier les problèmes sous-jacents pour créer des solutions à long terme. Prades et son équipe commencent par des cartes intelligentes affichant des données en temps quasi réel sur la météo, les itinéraires d'approvisionnement et les conditions routières. Ils effectuent des analyses avancées pour spécifier les défis exacts pour chaque région. Les plans de sensibilisation du PAM sont renforcés par des conversations en face à face avec la population locale, discutant des implications réelles de ce qui apparaît sur la carte.
Dans la ville de Bamiyan, au centre de l'Afghanistan, célèbre pour deux statues monumentales de Bouddha sculptées à flanc de falaise au VIe siècle et détruites par les talibans en 2001, Prades a passé du temps à boire du thé avec les habitants. Si la carte nous dit que cette zone est très vulnérable, et en plus, ils ont eu ces inondations et ces sécheresses, dit Prades, nous allons rencontrer les gens et leur parler.
Ces conversations valident ce que disent les cartes et les analyses, et elles aident les planificateurs du PAM à comprendre la meilleure intervention pour chaque région, même en tenant compte des variations saisonnières ou annuelles. Il s'agit d'un processus de données et de découverte crucial en Afghanistan et dans le monde, car le PAM vise à éradiquer la faim dans le monde au cours de cette décennie.

Une carte produite par le Programme alimentaire mondial, mettant en évidence la récurrence potentielle de l'insécurité alimentaire grave.
Cartographier les causes profondes
Les progrès de la technologie géospatiale pour cartographier, gérer et automatiser l'analyse des données sur l'insécurité alimentaire surviennent à un moment où la fréquence et l'intensité des urgences liées à la faim augmentent en raison du changement climatique.
Dans les jours et les heures précédant une forte tempête ou une catastrophe météorologique, les équipes du PAM utilisent des cartes d'un système d'information géographique (SIG) pour déterminer rapidement qui aura besoin d'aide, où et comment les atteindre. En dehors des interventions d'urgence, ils appliquent l'analyse SIG pour détecter les menaces sous-jacentes, telles que les inondations et les sécheresses qui ont dégradé les terres agricoles ou les conflits qui ont fermé les voies de transport.
Nous le faisons d'une manière assez sophistiquée - comment nous combinons les données géospatiales pour identifier où positionner les programmes à long terme pour lutter contre l'insécurité alimentaire récurrente et aussi la réduction des catastrophes, dit Prades.
Même avec des capacités de cartographie avancées, la portée dépend des points de contact locaux. Prades et son équipe demanderont aux gens, qu'est-ce qui vous inquiète le plus ? Il peut s'agir de bois de chauffage ou de vaccinations de chèvres, de la peur que les chameaux tombent malades ou des préparatifs pour la récolte du maïs. Les préoccupations deviennent des couches de données, ajoutées à des cartes intelligentes pour reconnaître les tendances ou les points chauds, et indiquent d'éventuels efforts d'atténuation.
Vous devez voir les liens, dit Prades, pour voir tous les liens de la façon dont cela se traduit par des avantages réels pour les personnes que nous essayons d'aider.
Le personnel du PAM utilise cette intelligence de localisation pour déterminer où livrer les rations alimentaires et positionner les programmes tels que la protection contre les inondations, les systèmes d'irrigation ou les pépinières. Pour la population afghane, les cartes intelligentes aident également le personnel du PAM à négocier des routes d'accès avec des responsables gouvernementaux ou des groupes armés non étatiques pour atteindre des régions éloignées ou isolées.
Démocratiser les insights
Lorsque Prades a commencé avec le PAM en 2008, l'organisation utilisait le SIG pour la visualisation des données de base afin de cartographier les résultats des évaluations de la sécurité alimentaire. Désormais, la technologie géospatiale prend en charge les analyses avancées générées par un SIG moderne et des applications Web pour une logistique complexe et un partage de données en temps quasi réel.
Nous appelons cela une infrastructure de données spatiales, explique Prades. Cela nous permet vraiment de stocker, de traiter et de partager toutes les données géospatiales et de les rendre accessibles à tous les niveaux de l'organisation. Nous travaillons tous avec les mêmes données.
Chaque jour, le PAM coordonne en moyenne 5 600 camions, 50 expéditions maritimes, 92 avions et 650 entrepôts à travers le monde. Le personnel opérationnel exploite l'infrastructure géospatiale pour coordonner les livraisons d'aide.
Nous produisons des cartes de référence avec le réseau de transport pour que le personnel logistique puisse planifier ses itinéraires et voir quelles routes ils peuvent accéder avec quels camions, explique Thierry Crevoisier, responsable SIG au siège du PAM à Rome.
Les équipes sur le terrain fournissent constamment de nouvelles informations : que se passe-t-il avec les routes, où sont les écoles et les marchés, où se situent les problèmes de sécurité. Les nouvelles données se synchronisent entre les applications de routage pour une livraison d'aide en toute sécurité. Des cartes et des tableaux de bord en direct sont liés à des systèmes d'alerte précoce automatiques configurés pour déclencher une intervention avant un événement météorologique. Le plus remarquable pour Prades est la façon dont la technologie n'est pas pilotée par les techniciens, mais plutôt par les utilisateurs, par les opérateurs.
Les personnes de chaque pays desservi par le PAM acceptent la responsabilité de mettre à jour les informations ou d'apporter des données de source ouverte, telles que des cartes de conflit. Les mises à jour en direct des tableaux de bord et des applications permettent aux employés du PAM de planifier contre les difficultés et de réduire les risques lors de la livraison de l'aide ou de la réalisation d'évaluations sur le terrain.
Logistique proactive et en temps réel
Lorsque des inondations ont récemment frappé le Soudan du Sud, le PAM travaillait pour livrer de la nourriture aux personnes bloquées par les inondations en Indonésie et aux Philippines. Avec l'augmentation des événements liés au climat, Prades a souligné l'augmentation des appels à une analyse d'impact préliminaire pour préparer les ressources au moment et à l'endroit où les catastrophes surviennent. Cette mesure réduirait les scénarios dans lesquels les équipes du PAM sont sollicitées ou se mobilisent de manière réactive.
La technologie géospatiale permet une telle analyse, en superposant une trajectoire de tempête ou un épicentre de tremblement de terre anticipé avec les emplacements des populations vulnérables avant un événement. Dans la foulée, les équipes du PAM s'appuient sur ces mêmes cartes intelligentes, chargées de données locales et d'images satellite, pour acheminer les fournitures.
Le monde humanitaire est en train de changer, dit Prades. Une fois que nous savons qu'un événement est à venir, nous avons une fenêtre de deux semaines. Quel type d'interventions pouvons-nous déjà mettre en œuvre au cours de ces deux ou trois semaines pour pouvoir atténuer l'impact du choc à venir ?
Au Mozambique, un pays qui connaît des inondations majeures toutes les quelques années, Prades et son équipe ont créé des modèles de risques d'inondation montrant les dommages potentiels et les personnes touchées. Les modèles peuvent être exécutés par rapport aux évaluations de sécurité et aux conditions routières ainsi qu'aux ressources du PAM. Voir ces informations basées sur la localisation avant les inondations réelles a fait passer les planificateurs du PAM d'un état d'esprit d'intervention à un état d'esprit de préparation.
Ils commencent à changer leur façon de penser, dit Prades. Où peut-on pré-positionner certains stocks en fonction des zones inondables ? Quels sont les itinéraires les plus efficaces à emprunter lorsque cela se produit ? Normalement, les gens ont tendance à être très réactifs - nous n'avons pas tendance à réfléchir avant que l'événement ne se produise.
La possibilité de faim zéro
La pandémie de covid-19 a aggravé l'insécurité alimentaire des personnes les plus vulnérables du monde, celles déjà en proie aux conflits et aux catastrophes liées au climat. Le PAM estime que 96 millions de personnes supplémentaires dans 54 pays ont atteint des niveaux de faim aiguë en 2020, s'ajoutant aux 137 millions recensés en 2019.
Dans sa mission d'éliminer la faim dans le monde, le PAM s'aligne sur l'un des objectifs de développement durable élaborés par les Nations Unies et adoptés en 2015 par la communauté mondiale.
Bien que la pandémie ait rendu cet objectif plus difficile, Prades considère le travail collaboratif de plusieurs agences comme un moyen de renforcer la lutte. Et les outils géospatiaux qu'elle construit peuvent renforcer cette collaboration tout en continuant à remplir le double mandat de répondre aux besoins immédiats et de s'attaquer aux causes sous-jacentes.
C'est une approche différente, et c'est assez prometteur, dit Prades. Mon rêve est qu'il n'y a plus de faim.
Ce contenu a été produit par Insights, la branche de contenu personnalisé de MIT Technology Review. Il n'a pas été écrit par la rédaction de MIT Technology Review.
