Comment les liens sociaux forts entravent la propagation des rumeurs

En 1973, le sociologue Mark Granovetter a publié un article intitulé La force des liens faibles dans lequel il avançait l'idée que l'information se propage largement dans la société entre des individus ayant des liens faibles plutôt que des liens forts.





Son témoignage est venu de demander à quelques centaines de personnes comment elles ont trouvé leur emploi. Il s'est avéré que la voie la plus courante était celle de vagues connaissances plutôt que celle d'amis solides. Depuis lors, l'article de Granovetter est devenu l'un des plus cités et des plus influents dans le domaine de la théorie des réseaux sociaux.

Mais qu'en est-il du rôle des liens forts ? Aujourd'hui, Marton Karsai et ses amis de la Northeastern University de Boston montrent que des liens solides peuvent en fait entraver la diffusion d'informations via un réseau.

Ces gars ont regardé plus de 600 millions d'appels téléphoniques horodatés entre 6 millions de personnes sur six mois dans un pays européen sans nom. L'analyse de ce type d'ensembles de données est devenue courante ces dernières années, mais Karsai et ses collègues ont un nouveau tour dans leur sac.



Alors que la plupart des travaux dans le passé ont examiné les connexions entre les individus en moyenne au fil du temps, Karsai et ses collègues ont examiné en détail la façon dont les connexions d'un individu - l'egonet de cette personne - ont évolué au fil du temps. C'est important car cela peut révéler des caractéristiques importantes sur les interactions sociales qui seraient autrement perdues. La simultanéité et l'ordre temporel des interactions, même si le réseau social contient des relations stables, sont cruciaux et peuvent avoir des effets considérables, disent-ils.

Après avoir caractérisé l'évolution des égonets, ils ont ensuite simulé ce comportement en créant un réseau d'agents artificiels qui établissent des connexions entre eux de la même manière. Enfin, ils ont examiné la manière dont les rumeurs se propagent à travers un tel réseau pour étudier le rôle que jouent les liens forts et faibles à mesure que le réseau évolue au fil du temps.

Les résultats sont quelque peu contre-intuitifs. Il est facile d'imaginer que les rumeurs arrivent via des personnes avec lesquelles vous avez les liens les plus forts. Mais Karsai et ses collègues disent que cela ne semble pas être vrai. Au lieu de cela, les liens forts ont tendance à entraver la propagation des rumeurs car ils confinent les informations à un groupe qui communique largement entre eux.



Ainsi, non seulement les liens faibles favorisent la propagation des rumeurs, mais les liens forts ont tendance à l'entraver.

Ce qui est intéressant dans ce résultat, c'est qu'il n'apparaît que lorsque la nature variable dans le temps du réseau devient visible. Les résultats présentés soulignent les subtilités inhérentes à l'analyse des processus dynamiques dans les réseaux variant dans le temps, disent Karsai et co.

Il sera donc fascinant de voir quelles autres idées émergeront de ce genre de travail.



Réf : arxiv.org/abs/1303.5966 : L'émergence et le rôle des liens forts dans les réseaux de communication variables dans le temps

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